Épisode 2 : où notre héros découvre qu’il a un héros lui aussi…

Tu sais, toi qui me lis, quand on veut devenir soi-même un héros, il existe une grande règle : il faut avoir soi aussi tout un beau panthéon de héros.

Le héros, c’est, pour tout individu lambda normalement constitué, LA personne qui va le plus le marquer et l’inspirer dans son existence. Car le plus grand pouvoir d’un héros, c’est de parvenir à influer sur ceux qui l’aiment, au point de transformer en profondeur leurs vies.

Moi, tu vois, des héros, je crois que je pourrais spontanément t’en citer des tas ! De Martin Luther King à Mick Jagger, en passant par Spiderman et Wolverine, mon imaginaire est peuplé depuis toujours de héros qui m’ont, progressivement, créé tel que je suis…

Ai-je, dans la liste de ces héros, des entrepreneurs ? Malheureusement, il n’y en a aucun… mais je reviendrai certainement sur ce sujet, ou pas, dans un prochain épisode…

Pourtant, du plus loin que je parviens à me rappeler, j’ai un autre héros qui a très fortement influencé ce que je suis devenu aujourd’hui. Je dirais même que je lui dois quasiment tout, alors qu’il n’est plus parmi nous depuis de nombreuses années… Ce héros, sur les pas duquel j’ai fait tout mon possible pour marcher, c’est mon frère.

Enfant, les rapports que j’entretenais avec mon frère étaient pourtant inexistants : avec près de 10 ans d’écart, mon frère était adolescent alors que je sortais à peine de mes Pampers. Je crois, à regarder cela rétrospectivement, qu’il ne savait pas comment me parler, et moi comment l’aborder, d’autant plus qu’il n’avait qu’une chose en tête : devenir à tout prix celui qu’il rêvait d’être.

Lui-même, d’ailleurs, avait ses propres héros, qu’il affichait fièrement dans notre chambre commune : Bernard Hinault, Jacques Anquetil… Et il y avait aussi le père de notre belle-mère qui passait des heures entière à lui raconter ses hauts faits de résistance durant l’Occupation.

Mais c’était sans compter sur le cancer, qui a rattrapé les rêves de mon frère lorsqu’il avait 16 ans. Une maladie qui commence, pour moi, par remarquer chez lui une grosse boule au niveau du cou, et qui se poursuit par son absence, par le manque de ce frère qui était pour moi un repère, durant de longs mois. Une absence durant laquelle on ne me parle pas de lui, certainement pour me protéger, je préfère aujourd’hui me dire ça comme ça, et durant laquelle je n’ai de cesse de veiller sur les images de ses héros pour qu’il les retrouve intactes à son retour. Et mon frère est revenu… Et avec une volonté qui est devenue pour moi un exemple.

En dépit du cancer, mon frère est parvenu à mettre ses rêves en action, avec une énergie de vivre hors du commun. Il a pu faire ses études, est devenu un professeur d’histoire aimé, que dis-je, adoré de ses élèves, et engagé de tout son être pour que se perpétue la mémoire de la Shoah, et particulièrement la tragédie des enfants d’Izieu.

Il est entré en politique, est devenu une personnalité influente au sein du parti socialiste, et était sur le point de devenir Maire du 8ème arrondissement de Lyon lorsqu’il nous a quitté, à 38 ans, suite à un arrêt cardiaque.

Vous savez, on me demande souvent d’où me vient l’énergie que j’ai pour, en permanence, parvenir à me réinventer, pour, peu importent les obstacles, toujours me battre pour me dépasser.

On imagine, je pense, que mes inspirations doivent être grandioses, éclatantes ! Et bien non, même si pour moi, la vie de mon frère porte tous ces qualificatifs.

Mon modèle, mon seul et unique modèle, c’est cet enfant qui rêvait de courir le Tour de France, convaincu qu’il sortirait de ce lit d’hôpital dans lequel il était cloué, et qui, au delà de lui-même, rêvait de justice et de liberté.

N’ayant, en ma possession, aucune photo de mon frère, je dépose sur cette publication une photo de son héros, Bernard Hinault.

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